Malana : la petite Grèce de l’Himalaya
Entouré par les montagnes de l’Himachal Pradesh, le village de Malana est longtemps resté isolé. Il a conservé ses traditions et son organisation démocratique unique rappelant l’Athènes antiques.
Entouré par les montagnes de l’Himachal Pradesh, le village de Malana est longtemps resté isolé. Il a conservé ses traditions strictes et son organisation démocratique unique qui rappelle étrangement l’Athènes antique. Assister à un sacrifice de chèvre au milieu de plants de cannabis. Tout est possible à Manala… ou presque.
Perché à 2700m d'altitude dans les montagnes de l'Himachal Pradesh, le village de Malana est une île au milieu d'un océan de montagnes. Difficile d'accès, il est longtemps resté isolé. Ce qui a permis aux habitants de préserver leurs étonnantes coutumes. Les Malanais parlent une langue qu'ils sont les seuls à comprendre, et personne ne connaît leurs origines. Certains prétendent qu'ils seraient les descendants des soldats d'Alexandre le Grand partis à la conquête de l'Inde. Mais le mystère demeure entier autour de ce peuple de 3000 âmes qui vit depuis des siècles en quasi autarcie.
Malana n'est pas juste un village pittoresque de montagne : c'est un lieu saint. Les habitants appartiennent à la classe guerrière des Kshatryas et font très attention à se préserver de tout contact avec des "impurs", ce qui inclut aussi bien les étrangers que les hindous de basse caste. "Il faut faire très attention à ne toucher ni les villageois ni leurs maisons", explique Talik, un habitant de la ville voisine de Kullu, venu il y a trois ans ouvrir une guest-house à Malana. "Si vous enfreignez cette règle, vous devez payer 1000 Roupies (moins de 20 euros) d'amende, le prix d'une chèvre qui sera sacrifiée lors d'un rite de purification". Dans les rues, les villageois ne prennent aucun risque. Ils s'écartent immédiatement de votre chemin. Et pour faire un achat, il faut poser l'argent à terre. Impression dérangeante d'être un intouchable.
Mais Malana est aussi surnommée la "petite Grèce de l'Himachal, car le village possède son propre système politique et administratif : un véritable prototype de démocratie semi-directe, sans équivalent dans le reste de l'Inde, voire dans le reste du monde. Le Parlement est composée de deux chambres. Chaque famille dispose d'un représentant dans la chambre basse, qui élit la chambre haute. Celle-ci rend la justice et prend les décisions importantes pour l'avenir du village, mais toujours en accord avec la chambre basse. Lorsque les gouvernants n'arrivent pas à trancher un litige entre deux villageois, il peut être exceptionnellement fait appel au Chhabe Pona, la justice divine. Chacune des parties apporte une chèvre, auxquelles on injecte la même dose de poison. La première à rendre l'âme donne tort à son propriétaire. "J'ai vu ça une fois en deux ans. C'est complètement fou", raconte Shotak, un journaliste de Kullu qui prépare depuis des années un livre sur Malana.
L'isolement du village a permis à d'autres curiosités d'y pousser… Le village est ainsi célèbre pour sa production de Charras, une résine de cannabis réputée dans toute la vallée de Kullu. Le laisser-faire des autorités indiennes a permis aux Malanais de prospérer dans cette activité lucrative. Adultes et enfants, tout le monde est impliqué de près ou de loin dans la culture de marijuana. Et surtout les femmes, les hommes préférant eux la consommation de Charras à sa culture. Les alentours sont remplis de petites plantations, et il est impossible de traverser le village sans que l'on vous propose de la super cream.
Mais le changement arrive à grand pas dans ce hameau jusqu'ici coupé du monde. Une route a ainsi été construite pour appuyer un grand projet hydroélectrique. "Avec la route, la police commence à s'intéresser au village, et ça ne plait pas à tout le monde. C'est mauvais pour le trafic", explique Talik à mi-voix. Une heure de marche suffit désormais pour se rendre à Manala, là où il fallait encore un jour complet de trek il y a seulement une dizaine d'années. Résultat : le nombre de visiteurs augmente doucement. Attirés par ce lieu unique, les voyageurs risquent d'en être les fossoyeurs, plus que les projets de l'Etat indien. Malana était un site béni des dieux, mais oublié des hommes. Peut-être aurait-il du le rester ?
Questions fréquentes
Pour rejoindre Malana, il faut d'abord prendre un bus ou un taxi depuis Kullu ou Bhuntar jusqu'au village de Jari, puis emprunter une route vers le barrage hydroélectrique. Depuis là, une marche d'environ une heure permet d'atteindre le village. Il y a quelques années, il fallait compter une journée entière de trek.
Les visiteurs doivent impérativement éviter tout contact physique avec les habitants et leurs maisons, considérés comme sacrés. En cas d'infraction, une amende de 1000 roupies (environ 15-20 euros) est demandée pour couvrir le sacrifice d'une chèvre lors d'un rite de purification. Il faut également poser l'argent à terre lors des transactions commerciales.
Malana est surnommée ainsi en raison de son système politique unique en Inde : une démocratie semi-directe avec un parlement à deux chambres. Certains attribuent également ce surnom à la légende selon laquelle les habitants seraient les descendants des soldats d'Alexandre le Grand, qui aurait traversé la région lors de sa conquête de l'Inde.
Non, le cannabis et ses dérivés, dont le Charras (résine), sont illégaux en Inde en vertu de la loi NDPS de 1985. Malgré un certain laisser-faire historique des autorités dans la région de Malana, les risques juridiques sont réels pour les touristes étrangers. Des arrestations ont déjà eu lieu. Il est fortement déconseillé d'en acheter ou d'en consommer.
La meilleure période pour visiter Malana se situe entre mai et octobre, lorsque les routes et les sentiers sont praticables. En hiver, le village est souvent coupé du monde par la neige et les températures peuvent être extrêmes à 2700 mètres d'altitude.


