À la recherche de la soie dans les rues de Bénarès

À la recherche de la soie dans les rues de Bénarès

03 juin 2019

Connue pour ses ghâts et ses crémations, Bénarès ou Vârânasî est aussi réputée pour être la ville de la soie. Sa production est un des rouages majeurs de l’économie locale, avec le tourisme. Reportage dans la cité de Shiva pour mieux comprendre le processus de transformation, du simple fil à l’étoffe des rois.

Il suffit de se perdre dans les rues étroites de Bhelupura pour s'en faire une idée. Dans une des rares parties de Vârânasî où on a peu de chances de croiser un touriste, les tisserands abondent. Jetez un coup d'œil par les fenêtres en passant devant les maisons, l'autre œil sur les bouses de vache et autres déchets qui jonchent le chemin, et vous les apercevrez.

Pas plus de cinq par pièce, ils travaillent le fil de soie méticuleusement, patiemment, le plus près possible de la lumière du soleil. Les coupures d'électricité sont nombreuses ici. Ces travailleurs créent des milliers de mètres de tissu par jour, qui finiront en saris sur les mariées indiennes, en écharpes ou même housses de couette.

Outre l'hindouisme, Vârânasî est aussi la capitale de la soie. Dans certains quartiers, comme Bhelupura, le secteur fait vivre la plupart des foyers. Les métiers se transmettent de père en fils. On trouve quasiment toujours les tisserands dans les familles musulmanes, les Hindous étant chargés d'élaborer des motifs et de vendre le produit fini. Il est ensuite distribué à travers l'Inde et même à l'étranger, où son prix est parfois multiplié par dix avant d'arriver dans les mains de son destinataire.

Se rendre ici, c'est l'occasion pour certains de faire une bonne affaire. Les importateurs de soie viennent négocier directement prix et quantités. Le touriste de passage en profite souvent aussi, ressortant des magasins locaux avec des étoffes de qualité pour une poignée de roupies. Trois euros pour une écharpe en soie pure, ça fait rêver.

Bal Krishiana Mehrotra est donc un marchand de rêve. A seulement 25 ans, c'est lui qui tient les rênes de l'entreprise créé par son grand-père en 1954. Ou est-ce 1956 ? Il ne sait pas exactement. Mais au moins, il connaît bien sa soie.

Dans la Mehrotra Silk Factory, on ne déroge pas à la tradition. Bal Krishiana en est maintenant le gérant, après son père et son grand-père. Grâce à ces trois hommes, leur firme est devenue l'adresse préférée des touristes à Vârânasî. Fièrement, il nous montre une brochure éditée par l'Office de tourisme local. Ses magasins figurent en première position dans la liste des vendeurs de soie "government approved", reconnus par le gouvernement. "C'est parce qu'on ne fait l'objet d'aucune plainte, qu'on est réputés et que nous sommes une bonne famille", explique-t-il.

Seules trois autres enseignes bénéficient de la garantie gouvernementale à Vârânasî. Pour l'obtenir, on doit déposer 50 000 roupies auprès de l'Office de tourisme. Cette caution sert en principe à rembourser les acheteurs qui se plaindraient d'un produit de mauvaise qualité. Car chez les Mehrotra comme chez ces concurrents privilégiés, on se targue de ne vendre que du 100% soie. Pas comme les autres marchands qui, comme l'explique Bal Krishna, coupent leurs soieries avec du polyester ou du coton.

Pour tester la qualité de son produit, le vendeur nous demande de choisir une des nombreuses écharpes étalées devant lui. Il prend un briquet et l'approche de la frange. Le fil noircit et émet de la fumée. Bal Krishiana demande d'approcher la tête : "Vous sentez ? On dirait des cheveux qui brûlent." Puis on refait la même chose avec un tissu en coton et le fil prend feu, avec une odeur de papier embrasé. "C'est comme ça qu'on voit la différence" conclut-il.

Visiblement, notre interlocuteur sait très bien vendre son produit. Il manie bien l'anglais, n'hésite pas à prendre son temps pour expliquer d'où viennent ses étoffes. A l'ombre de son père, il a bien appris comment nouer le contact avec la clientèle. S'il traite beaucoup avec des grossistes étrangers – il tient dans un classeur plus d'une centaine de cartes de visite de ses partenaires commerciaux – les touristes sont également les bienvenus dans les deux magasins de la marque à Vârânasî.

C'est pour eux que Bal Krishiana et ses aïeux ont construit une fabrique dans la ville, afin que les visiteurs puissent regarder faire les ouvriers de la soie. Mais ce n'est qu'une vitrine où cinq personnes maximum travaillent en période de pointe. Les autres, environ une quarantaine, se trouveraient dans un village à dix kilomètres de là. Une version que conteste Praveen Pathak, un guide de 19 ans à l'aisance d'un vétéran. "Ici, les vendeurs vous diront toujours qu'ils ont usine en dehors de la ville", raconte-t-il. "Mais en fait, la soie est toujours fabriquée ici, dans les maisons. Ce sont des gens qui travaillent à leur compte qui la tissent et qui la revendent ensuite aux marchands."

Une chose est sûre, rien n'est automatisé. Même si la rentabilité s'en trouve largement affectée, tout est fait à la main grâce à des machines qui semblent sorties d'un livre d'histoire. Bal Krishiana justifie ce choix par une métaphore : "Si vous avez le choix entre un repas pris dans un hôtel et un autre préparé par votre maman, vous choisissez quoi ?” L'argument est imparable.

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