Uttar Pradesh et Gange
L'Inde du Gange et des Moghols : Varanasi pour les rites du fleuve, Agra pour le Taj Mahal, Fatehpur Sikri pour la cour d'Akbar. Une plaine dense et habitée.
L'Uttar Pradesh est l'État le plus peuplé de l'Inde, avec plus de 240 millions d'habitants. Notre équipe le considère comme la colonne vertébrale historique du sous-continent : c'est ici que se sont jouées les grandes pages du bouddhisme ancien, de l'empire moghol et de la civilisation hindoue centrée sur le Gange. La plaine indo-gangétique qui le traverse est plate, alluviale, intensément cultivée, blé et canne à sucre en hiver, riz en mousson. Le fleuve s'y déploie sur près de 1 100 kilomètres avant de quitter l'État vers le Bihar.
Varanasi (Bénarès) concentre la dimension spirituelle de la région. La ville s'organise sur la rive ouest du Gange, en arc de cercle, et compte 88 ghats, ces escaliers de pierre qui plongent dans l'eau. Deux d'entre eux structurent la vie rituelle : Manikarnika et Harishchandra, où l'on incinère les défunts en continu, et Dashashwamedh, où se tient chaque soir l'aarti, cérémonie de feu et de chants face au fleuve. La vieille ville derrière les ghats est un lacis de ruelles trop étroites pour une voiture, où l'on croise vaches, motos, marchands de paan et pèlerins venus de tout le pays. Sarnath, à 10 kilomètres au nord, est le lieu du premier sermon du Bouddha après son éveil : on y voit le stupa de Dhamek, en briques, daté du Ve siècle.
Agra, à l'ouest, raconte l'autre versant de la région : l'Inde moghole. Le Taj Mahal, mausolée de marbre blanc commandé par Shah Jahan pour son épouse Mumtaz Mahal, a été achevé vers 1653. Nous recommandons d'y entrer dès l'ouverture, vers 6h, quand la lumière rasante traverse le marbre et que la foule reste contenue. Le Fort Rouge d'Agra, en grès, abrite les palais privés des empereurs et offre une vue sur le Taj depuis la tour octogonale où Shah Jahan a fini sa vie, assigné par son fils Aurangzeb. À 40 kilomètres, Fatehpur Sikri est une cité impériale construite par Akbar en 1571 puis abandonnée quinze ans plus tard, faute d'eau. Les pavillons en grès rouge sont remarquablement conservés.
Entre ces deux pôles, Lucknow, la capitale de l'État, garde l'empreinte des Nawab chiites du XVIIIe siècle : le Bara Imambara, ses dédales (bhul bhulaiya) sous la voûte, et une cuisine très distincte, les kebabs galouti et les biryanis d'Awadh, mijotés au charbon de bois. Plus à l'est, Allahabad (Prayagraj) marque le confluent du Gange, de la Yamuna et de la Saraswati mythique : c'est là que se tient tous les douze ans la Kumbh Mela, le plus grand rassemblement religieux au monde, qui peut réunir 100 millions de pèlerins sur six semaines.
La géographie n'est pas spectaculaire au sens paysager. Pas de montagne, pas de désert. Ce qui frappe nos voyageurs, c'est la densité humaine : champs, villages tous les deux kilomètres, marchés, temples de quartier, ateliers de tissage à Varanasi (les saris en soie de Banaras se fabriquent toujours sur métiers manuels dans les quartiers musulmans). C'est une Inde de plaine, agricole et religieuse, qui se vit plus qu'elle ne se contemple.
À découvrir
Aarti du soir à Dashashwamedh Ghat. Sept prêtres synchronisés, lampes à huile et conques face au Gange, vers 18h30 en hiver. La rive se remplit de pèlerins et de barques alignées.
Barque à l'aube sur le Gange. Embarquement vers 5h30 depuis Assi Ghat. On remonte lentement jusqu'à Manikarnika pour voir les baigneurs et les bûchers funéraires dans la lumière dorée.
Taj Mahal au lever du soleil. Le marbre passe du rose au blanc en une heure. L'ouverture à 6h permet d'éviter les groupes qui arrivent vers 9h.
Fatehpur Sikri, capitale abandonnée d'Akbar. Une cité moghole intacte du XVIe siècle, en grès rouge, désertée pour manque d'eau. Le Panch Mahal à cinq étages et la cour du Diwan-i-Khas méritent deux heures.
Sarnath et le stupa de Dhamek. Le lieu du premier sermon du Bouddha, à 10 km de Varanasi. Le musée archéologique abrite le chapiteau aux lions, emblème de la République indienne.
Quand y aller
La fenêtre confortable s'étend d'octobre à mars. En novembre, les températures à Varanasi et Agra oscillent entre 12°C la nuit et 26°C l'après-midi, ciel généralement dégagé. Décembre et janvier sont plus frais (5 à 8°C la nuit) et marqués par une brume épaisse au petit matin, qui peut retarder les vols domestiques de plusieurs heures, notamment au départ ou à l'arrivée de Delhi. Nous prévoyons systématiquement une marge sur les correspondances internationales en cette période. Février et mars sont une bonne période : 15 à 30°C, lumière claire, jardins en fleurs autour du Taj Mahal.
D'avril à juin, la plaine devient difficile : 40 à 45°C l'après-midi, air saturé de poussière. La mousson, de juillet à mi-septembre, apporte 800 à 1 000 mm de pluie cumulés, le Gange monte parfois de 10 mètres à Varanasi, certains ghats sont submergés et les barques suspendues. Septembre reste humide mais les températures redescendent.
Conseils pratiques
Comptez au minimum 5 jours sur la région : 2 nuits à Agra (incluant Fatehpur Sikri sur la route ou en excursion), 2 à 3 nuits à Varanasi. Delhi sert de point d'entrée logistique : Agra est à 3h en train Gatimaan Express, Varanasi se rejoint en vol direct (1h15) ou en train de nuit. Combiner ce circuit avec le Rajasthan est l'enchaînement le plus courant : Agra se trouve sur la route entre Delhi et Jaipur. Pour les voyageurs qui disposent de trois semaines, l'extension vers le Madhya Pradesh (Khajuraho, Orchha) se fait facilement par le train depuis Agra ou Varanasi.
Le niveau de confort à Agra est élevé, plusieurs hôtels avec vue sur le Taj. À Varanasi, nous privilégions les maisons d'hôtes restaurées dans la vieille ville ou les hôtels en bord de Gange, plus simples mais bien situés pour les ghats à l'aube. La région convient aux voyageurs intéressés par l'histoire, la spiritualité, l'observation des rites. Elle est plus exigeante sensoriellement que le Rajasthan : foule, bruit, odeurs, présence de la mort à Varanasi. Pour un premier voyage en famille avec jeunes enfants, nous suggérons de limiter Varanasi à deux nuits.











